Paiements, data, souveraineté : pourquoi les Fintech françaises ne peuvent plus faire l'impasse
Martin Oldfield
Account Manager - FinTech
Les Fintech jouent un rôle central dans la transformation des usages numériques, où la sécurité des paiements devient un enjeu stratégique. Dans ce contexte, la conformité aux standards internationaux comme PCI DSS s’impose comme un levier de confiance et de compétitivité. Maîtriser ces exigences ne relève plus d’un simple impératif réglementaire, mais d’un véritable avantage concurrentiel sur un marché en pleine structuration. Décryptage du paysage des Fintech françaises et des enjeux à horizon 2026.
La montée en puissance des Fintech Françaises en 2026
En quelques années, les Fintech françaises sont passées du statut de startups de niche à celui d’infrastructures critiques du quotidien financier. Le chiffre d’affaires agrégé des acteurs du palmarès Fintech 100 en France dépasse désormais 2,5 milliards d’euros, en progression de plus de 20% sur un an, tandis que l’écosystème compte plus de 500 sociétés actives et plus de 20 000 emplois directs. Les levées de fonds cumulées atteignent près de 6 milliards d’euros pour les fintech régulées, signe que les investisseurs voient ces acteurs comme des briques structurantes de la chaîne de valeur des paiements, du crédit, de l’assurance et de la gestion de trésorerie.
Cette montée en puissance se traduit mécaniquement par une explosion des volumes de transactions numériques, en particulier sur carte et en paiement en ligne. En 2024, la Banque de France relève que les moyens de paiement scripturaux progressent encore de plus de 4% en nombre de transactions, avec une croissance à deux chiffres pour le sans contact mobile et les virements instantanés. Dans ce contexte, les Fintech ne se contentent plus d’être de simples interfaces utilisateurs : elles sont devenues les gardiennes d’un flux massif de données financières et personnelles hautement sensibles.
Parallèlement, la menace se renforce. En 2024, le coût estimé de la cybercriminalité pour les entreprises françaises dépasse les 100 milliards d’euros, et près de deux tiers d’entre elles déclarent avoir subi au moins une cyberattaque sur l’année. Les paiements restent en première ligne : malgré un taux de fraude historiquement faible (autour de 0,053–0,054% en 2024), les montants en jeu se chiffrent toujours en centaines de millions d’euros, principalement sur les canaux en ligne. Autrement dit, chaque Fintech qui touche à la carte bancaire manipule un actif aussi précieux que dangereux : les si précieuses données des détenteurs de cartes.
C’est là que se joue la responsabilité réelle des Fintech françaises : devenir des tiers de confiance capables de sécuriser de bout en bout les données de paiement de leurs clients, tout en continuant à innover. Protéger les titulaires de cartes n’est plus un simple sujet de conformité, c’est le cœur du contrat de confiance qui les lie à leurs utilisateurs et à leurs partenaires. Cette tension entre croissance rapide et protection rigoureuse est précisément ce qui rend la maîtrise des standards de sécurité des paiements incontournable.
Croissance des Fintech en France et dépendance aux paiements sécurisés
L’essor des Fintech s’accompagne d’une dépendance croissante aux paiements digitaux, à l’open banking et aux modèles de plateforme. En France, le nombre d’établissements de paiement, de monnaie électronique et de prestataires d’information sur les comptes a été multiplié par plus de 2 depuis la Directive sur les Services de Paiement (DSP2), pour atteindre environ 90 acteurs fin 2024[MO1] . Sans compter des milliers d’agents et partenaires commerciaux qui s’agrègent à ces infrastructures. Chaque nouveau produit – carte co‑brandée, wallet, parcours e‑commerce, agrégateur de comptes – ajoute une nouvelle surface d’attaque où les données peuvent être exposées. Dans ce contexte, la réglementation européenne se renforce également pour accompagner cette transformation et protéger l’écosystème financier.
Avec l’entrée en vigueur du règlement DORA (Digital Operational Resilience Act), les acteurs du secteur financier français – y compris les Fintech – devront désormais se conformer à des exigences strictes en matière de résilience opérationnelle et de gestion des risques liés aux technologies de l’information et de la communication.
Pourtant, la réalité de la conformité reste contrastée. À l’échelle mondiale, moins de 30% des organisations parviennent à maintenir une conformité continue sur l’ensemble des 12 exigences du standard, tout au long de l’année. Autrement dit, une large majorité des acteurs retombent en dessous du niveau requis entre deux audits, ce qui ouvre des failles de vulnérabilité largement exploitées par les attaquants. Les secteurs les plus exposés sont précisément ceux qui intéressent les Fintech : paiement mobile, parcours e‑commerce et environnements cloud complexes, où la multiplicité des intégrations et des micro‑services rend la conformité plus fragile.
En France, la pression économique vient renforcer l’enjeu. Selon la Fédération du e-commerce et de la vente à distance, la cybercriminalité représente un coût supérieur à 100 milliards d’euros pour les entreprises en 2024, et près de la moitié des sociétés touchées déclarent perdre des prospects ou des clients après un incident de sécurité. Pour une Fintech, un incident lié aux données de cartes bancaires, même sans fuite massive, peut suffire à faire dérailler une levée de fonds ou un partenariat clé, tant la confiance est devenue un critère de sélection central pour les investisseurs et les grands donneurs d’ordre. À mesure que les Fintech montent en puissance, leur besoin n’est plus seulement de « se mettre en conformité », mais de démontrer qu’elles savent la maintenir dans la durée, au cœur d’architectures distribuées et en forte croissance.
Ce paradoxe – hyper‑croissance des flux d’un côté, difficulté à garder un niveau de protection constant de l’autre – pose les bases du sujet suivant : la sécurité des paiements et la conformité aux réglementations françaises ne sont plus un simple passage obligé, mais un véritable levier stratégique pour arbitrer entre accélération commerciale et maîtrise du risque.
Pourquoi la conformité PCI DSS devient stratégique pour les Fintech Françaises
Premier point, la conformité devient un levier de confiance et de différenciation. Les acteurs qui affichent une conformité solide et documentée gagnent en crédibilité auprès des investisseurs, des partenaires bancaires et des grands comptes, notamment lorsqu’ils doivent intégrer des chaînes de paiement complexes ou traiter des volumes sensibles. En 2025, les enquêtes internationales montrent que de nombreuses organisations se voient écartées de deals B2B faute de pouvoir présenter des certifications de conformité jugées indispensables par leurs clients, ce qui illustre à quel point la sécurité des paiements est désormais un critère business autant que technique. Pour une Fintech, être capable de prouver rapidement son niveau de sécurité accélère les cycles et rassure les comités de risque.
Deuxième point, la conformité est perçue comme un frein à l’expansion internationale, surtout pour les scale‑ups. En pratique, les exigences liées à la protection des données de carte se cumulent avec d’autres référentiels (RGPD, NIS2, MiCA, DSP3 à venir) et les équipes ont souvent le sentiment d’empiler les contraintes. Le résultat, c’est qu’une partie des Fintech retarde leurs projets (nouveaux pays, nouveaux partenaires, nouveaux produits) par manque de clarté sur la manière de maintenir un niveau de sécurité acceptable à l’échelle. Tant que la conformité est gérée comme un mal nécessaire, elle ralentit les ambitions internationales au lieu de les soutenir.
Troisième point, les investissements se structurent et s’accélèrent. Fin 2024, la Fevad et plusieurs baromètres français mettent en évidence une hausse nette des budgets consacrés à la cybersécurité et aux infrastructures cloud, sur un marché des services numériques d’infrastructure qui dépasse les 20 milliards d’euros en France. Les levées de fonds dans la fintech et l’assurtech intègrent de plus en plus explicitement des enveloppes dédiées à la sécurité, à la conformité et à la résilience, preuve que ces sujets sont désormais intégrés en amont dans les business plans. Pour les Fintech, PCI DSS n’est donc plus un « coût caché » qui arrive après le go‑to‑market, mais un poste d’investissement planifié qui doit générer un retour en termes de confiance, de scalabilité et de réduction du risque.
Autrement dit, la question n’est plus « faut‑il se conformer ? », mais « comment transformer cette conformité en accélérateur de croissance ? ». C’est précisément ce qui amène au sujet suivant : les bénéfices immédiats et tangibles d’une démarche exigeante et durable autour de solutions autour de la sécurité des paiements.
Les bénéfices immédiats d’une conformité exigeante
Pour les Fintech, une conformité exigeante n’est pas seulement une ligne de plus dans le dossier d’agrément : c’est un avantage compétitif tangible. Les plateformes qui démontrent une maîtrise robuste de la sécurité des données cartes bancaires inspirent davantage confiance aux investisseurs, qui y voient un risque opérationnel mieux maîtrisé, et aux clients B2B (e‑commerçants, marketplaces, institutions financières), qui hésitent de moins en moins à challenger leurs partenaires sur ce terrain. Dans un marché où les offres fonctionnelles tendent à se ressembler, la capacité à garantir un niveau de protection élevé devient un critère de choix à part entière, notamment dans les appels d’offres structurés.
À l’inverse, le coût de la non conformité peut être brutal. Une fuite de données ou une compromission majeure entraîne non seulement des coûts directs (amendes des réseaux de cartes, audits renforcés, frais techniques, communication de crise), mais aussi des impacts business durables : perte de clients, dégradation de la valorisation, voire suspension temporaire de la capacité à traiter des paiements. Les cas documentés à l’international montrent que certaines entreprises ont dû payer des centaines de millions d’euros après un incident de ce type, sans compter l’impossibilité de signer de nouveaux contrats pendant plusieurs mois. Pour une Fintech en phase de scaleup, un tel choc peut remettre en cause une trajectoire de croissance ou une exit.
Maintenir sa conformité dans la durée, et monter en gamme pour accompagner la croissance, permet donc de lisser ce risque et de rendre le modèle plus prévisible. En pratique, cela signifie intégrer la sécurité des paiements dans la conception même des produits, des parcours client et des architectures IT, plutôt que de la traiter comme un chantier ponctuel réalisé en urgence avant un audit ou une levée. C’est ce changement de perspective qui ouvre sur le dernier enjeu : dépasser la conformité pour construire une véritable stratégie data et IT autour de la protection des paiements.
Au‑delà de la conformité : bâtir une stratégie Data et IT robuste et souveraine
Pour les Fintech françaises, le sujet n’est plus seulement d’être “conformes”, mais de choisir où et comment sont hébergées, traitées et valorisées leurs données. La montée en puissance des clouds publics, des architectures distribuées et des services tiers internationaux a créé une dépendance technologique croissante, qui pose des questions de souveraineté : localisation des données, exposition aux lois extra‑territoriales, maîtrise de la chaîne de traitement. Les régulateurs comme les investisseurs regardent désormais de près la capacité des acteurs à maîtriser leurs infrastructures, à documenter leurs flux de données et à démontrer que les informations sensibles – dont les données de carte – restent sous contrôle, y compris lorsque des briques critiques sont externalisées.
Dans ce contexte, les Fintech qui construisent des architectures IT robustes, segmentées et “data‑centric” prennent une longueur d’avance. Elles structurent leur plateforme autour de quelques principes simples : minimiser la surface d’exposition des données de carte, limiter les copies inutiles, chiffrer systématiquement, tracer finement qui accède à quoi et sur quel territoire. Cette approche favorise aussi une forme de souveraineté opérationnelle : réduire la dépendance à un seul fournisseur, garder la capacité de migrer, documenter les interconnexions avec des prestataires extra‑européens et anticiper les implications réglementaires pays par pays. Autrement dit, la souveraineté ne se résume pas au lieu où sont stockées les données, mais à la capacité de l’entreprise à garder la main sur son architecture et ses choix technologiques.
Conclusion
Cette vision plus holistique de la sécurité permet aux Fintech de transformer un sujet perçu comme défensif en véritable projet d’entreprise : design produit, choix d’architecture, gouvernance de la donnée, trajectoire d’internationalisation.
Pour les directions IT, le sujet n’est donc plus orienté sur le « Comment être ou rester conforme cette année ? », mais « Avec quel partenaire co-construire ma plateforme de paiement et de données, compatible avec nos exigences et évolutive sur au moins les 5 prochaines années à venir ?». C’est précisément sur ce terrain – la capacité à concilier innovation, scalabilité et protection durable des données de paiement – qu’un échange plus approfondi peut faire la différence entre un projet de mise en conformité subi et une trajectoire de croissance maîtrisée.
En 2012 Claranet a été le premier hébergeur et infogéreur français certifié PCI DSS, certification depuis renouvelée chaque année.
En 2025, nous avons renouvelé notre certification PCI DSS de niveau 4 en France. Grâce à nos équipes Data & IA, cloud et cybersécurité intégrées à chaque projet, nous vous accompagnons dans votre conformité pour bâtir un socle stratégique autour de la protection des paiements et vous apporter un ensemble d’outils et de conseils pour scaler, rester conforme et accompagner votre croissance.
