Comment se porte l’e-administration dans le monde ?

La digitalisation des services publics est l’affaire de tous, quel que soit le continent, quel que soit le pays. L’étude E-government Survey menée par l’ONU analyse le développement de l’e-administration de presque toutes les nations de la planète. De ces comparatifs ressortent des éléments intéressants : les avancées se trouvent aux quatre coins du globe et la digitalisation de l’administration n’intervient pas uniquement dans les pays développés.

Par rapport à ses voisins, où se situe l’État français ? Les résultats varient, mais le constat reste le même : nous sommes relativement en retard. L’ONU nous place 19e, tandis que la Commission Européenne nous accorde le 13e titre.

Comment expliquer cette position ? Qu’avons-nous à apprendre de nos voisins ? Selon trois critères objectifs et un point sur les situations, passons en revue nos axes d’amélioration.

À quoi ressemble l’e-administration dans le monde ?

L’ONU le dit et l’affirme : tout le monde marche dans le sens d’un État plus numérique. Ouverture des données, principe du once only, accessibilité des services… Chaque nation définit ses propres priorités, mais toutes s’accordent sur l’importance d’un service public moderne.

Les 10 États les plus digitaux
Parmi les 7 continents, où se situent les administrations les plus avancées en termes numériques ? 6 États sont en Europe, accompagnés de pépites réparties un peu partout. Pour son classement, l’ONU se réfère à un index de développement de l’e-administration (EGDI, fixé entre 0 et 1) qui analyse des performances telles que l’évolution des services en ligne, les tendances mobiles et l’e-administration régionale.

Les meilleurs élèves de la promo 2020 :

  • 1. Le Danemark (EGDI 0,98)
  • 2. La Corée du Sud (0,96)
  • 3. L’Estonie (0,95)
  • 4. La Finlande (0,95)
  • 5. L’Australie (0,94)
  • 6. La Suède (0,94)
  • 7. Le Royaume-Uni (0,94)
  • 8. La Nouvelle Zélande (de 0,93)
  • 9. Les États-Unis (0,93)
  • 10. Les Pays-Bas (0,92).

PIB faible et digitalisation forte
Les pays du Nord n’ont pas le monopole de l’e-administration.

Certains territoires se sont fortement développés ces dernières années, à l’instar :

  • du Bhoutan qui a amélioré ses infrastructures télécoms
  • du Bangladesh qui a aussi investi dans ses infrastructures et a formé ses agents
  • du Cambodge qui a revu ses infrastructures et a adopté massivement les smartphones./li>

"Si les classements en matière d'administration électronique tendent à être corrélés au niveau de revenu d'un pays, les ressources financières ne sont pas le seul facteur critique pour faire progresser l'administration numérique. La volonté politique, le leadership stratégique et l'engagement d'un pays à faire progresser les services numériques peuvent améliorer son classement comparatif." Liu Zhenmin, secrétaire général adjoint des Nations unies pour les affaires économiques et sociales.

En se basant sur des axes et politiques bien précis, voyons quelles sont les populations plus satisfaites et les gouvernements plus actifs que l’Hexagone.

Critère n°1 : des services accessibles et user centric

Pour répondre à son objectif user centric, le gouvernement coréen a créé des plateformes d’e-participation et e-procuration. Chaque plan quinquennal inclut une réflexion sur des services proactifs envers les citoyens, en particulier les plus vulnérables. Les Coréens peuvent également faire des propositions sur la gestion du budget local ou national auxquelles, parfois, les gouvernements doivent répondre.

L’Estonie, cas d’école s’il en est, fonctionne selon une logique simple : seules trois démarches ne se réalisent pas en ligne (le mariage, le divorce et l’achat d’un bien immobilier). Tout le reste se réalise en ligne selon le protocole X-Road. La centralisation des services est arrivée à un tel niveau que le site central Eesti.ee respecte le principe du one-stop-shop.

À Malte, 9 services gouvernementaux sur 10 sont accessibles en ligne et 8 démarches sur 10 sont aussi réalisables en ligne. Lorsqu’un citoyen prend sa retraite, il reçoit sa pension de retraite sans même avoir à en faire la demande. Par ce service, Malte fait partie des 6% des pays qui délivrent des services proactifs.

Ces chiffres ne sont pas utiles que politiquement, mais plébiscités par les citoyens. Sur le Vieux Continent, le constat est bon puisque 62% des Européens pensent que les services publics numériques sont de plus en plus faciles à utiliser. Pour faire encore mieux, les États pourraient simplifier le langage, créer un login unique ou proposer une meilleure ergonomie.

Critère n°2 : la transparence et la protection des données

La donnée publique inclut de la donnée sensible qui toutes deux méritent une protection renforcée. La sécurité des données représente un point de vigilance pour la plupart des citoyens européens puisque 67% d’entre eux craignent un accès incontrôlé à leurs données, voire, des informations qui se retourneraient contre eux (65%).

Lorsque l’on se penche sur l’ouverture et la transparence des données, l’État français peut sortir le champagne (français) puisque nous affichons un score de 94% de la note maximale, loin devant la moyenne européenne de 78%. Victoire partagée d’Etalab et des initiatives ministérielles.

Estonie, grande championne de la cybersécurité
Sur le sujet de la cybersécurité, l’Estonie se distingue à nouveau. Après une cyberattaque en 2007 qui a paralysé le pays pendant 2 semaines, l’Estonie a instauré 3 Plans successifs qui rassemblent des cyberbénévoles, des formations auprès d’élus, d’agents ou d’élèves, ainsi qu’une intégration des problématiques cybersécurité au sein même du ministère de la Défense et du ministère de l’Economie et de la Communication.
Dans une logique de coopération et de communication très forte, l’Estonie a su mailler ses forces et éduquer ses populations.
Volontaire et innovante, l’Estonie se protège de mieux en mieux. Au point de devenir le pays hébergeur du centre de cybersécurité de l’OTAN.

Critère n°3 : une véritable volonté de la part des gouvernements

Très naturellement, certains pays investissent plus dans l’e-administration que d’autres. Tandis que nous en sommes à la digitalisation de 250 démarches prioritaires, d’autres pensent Intelligence Artificielle. Le gouvernement danois investit dans l’IA, tandis que la Corée du Sud couple l’IA à ses programmes Smart City, Blockchain Industry ou Industrie 4.0.

Nos compatriotes affirment pourtant que le Gouvernement cherche et réussit à digitaliser son administration. Nous sommes d’ailleurs plus confiants que les Allemands, les Anglo-Saxons, les Norvégiens ou les Espagnols.

Le numérique et l’urgence : focus sur la réponse des gouvernements à la crise Covid

Qu’est-ce qu’a changé la crise sanitaire mondiale chez nos voisins ?

À l’image de Tous AntiCovid, l’Australie et le Canada partagent les données en temps réel. En Chine, le risque de contamination était communiqué par bot.
Un médecin virtuel s’est développé en Croatie en communiant l’IA, les technologies RMS et des épidémiologistes.
Londres a utilisé ses caméras de vidéosurveillance et ses capteurs pour mesurer le respect de la distanciation sociale.
Les 27 pays de l’Union Européenne ont conjointement concentré leurs efforts sur l’offre digitale pour les entreprises, ajoutant 23% de services numériques en plus.
De belles initiatives qui exploitent la puissance du numérique malgré le contexte.
Les disparités entre pays sont importantes, les objectifs sont divers, les populations ne se ressemblent pas… Pourtant, rien n’empêche de s’inspirer de la fraternité des Estoniens, de la volonté proactive de Malte ou de l’intelligence collective du Bangladesh pour repenser son service public.

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